Les pommes
(A Hélène P.)
Après avoir récolté mes pommes, je me suis amusée à les dessiner dans leur panier. Ce sont des pommes naturelles, pas toujours bien rondes, ni de grosseur égale, ni également mûres. Des pommes sincères en somme. Ni des pommes de peintre, ni des pommes de marchands fruitiers qui jouent si bien le jeu des apparences et ne sont là que pour être vues et pour être achetées.
Chez ces dernières, tu vois, lesthétique a pris le pas sur tout le reste. Leur grosseur exceptionnelle et calibrée, leur forme tellement sphérique quelle relève plutôt de la géométrie que de la nature, leur beauté vernie, rouge ou verte, tout est là pour tenter les mille et une Eve des supermarchés. Niais leur goût, quen restera-t-il lorsquelles les auront croquées? Pommes de cellulose, pommes de papier, ersatz de pommes, pommes de vitrine. Je crains, hélas, que ne se soit réduit à bien peu le nombre de ceux qui ont en mémoire le souvenir des bonnes pommes acidulées-sucrées dautrefois.
Sans me vanter, il me semble pourtant que celles de mon jardin, toutes chétives quelles soient, ont gardé un reste de saveur du paradis perdu.

(Poème et illustration extraits du livre : Lettres de mon jardin. Marthe SEGUIN-FONTES. Editions du Chêne; 1996.)